Canton Bassa abusé par la Cour

 

 

Cameroun: Le Canton Bassa abusé par la Cour suprême

Etame Kouoh le10 Mars 2010


Ce qui se déroule actuellement au canton Bassa du Wouri se passe de tout commentaire. Les titres fonciers n° 34833/W et 37123/W, attribués à Benjamin Matip par le conservateur des domaines du Wouri avaient été annulés le 10 octobre 2007 par Pascal Anong Adibime, alors ministre des Domaines et des affaires foncières (MINDAF).

D'après ce dernier, il y aurait eu «une faute de l'administration consistant en la violation de la procédure de transformation de l'arrêt n° 307 du 28 juin 1968 de la Cour d'appel de Douala et du décret n° 76/165 du 27 avril 1976 fixant les conditions d'établissement du titre foncier, complété par le décret n° 2005/481 du 16 décembre 2005 prescrivant la participation des riverains à toute opération de bornage ; une fraude du bénéficiaire consistant en l'appropriation indues de tous ces espaces au mépris des us et coutumes des collectivités villageoises». Toujours d'après le MINDAF, il n'existe pas dans les archives de son département ministériel, la correspondance du 22 juillet 2005 par laquelle il demande au conservateur foncier du Wouri de transformer l'arrêt querellé en titre foncier.

Après cette décision du MINDAF applaudie par les villageois de Ngombè, Ngoma et Lendi, on croyait que justice avait été faite. C'était sans compter avec la ténacité de Benjamin Matip qui a attaqué cette décision du MINDAF à la chambre administrative de la Cour suprême, pour finalement avoir gain de cause. Dans le plumitif de l'audience publique de vacation du mercredi 16 septembre 2009, on peut lire ceci à l'article 4 : . Dans les villages Ngombe, Ngoma et Lendi, on se demande ce qui a motivé cette décision de la Cour suprême. Maxime Tonye, une élite extérieure ne cache pas sa désolation : «Cette décision de la chambre administrative a fini par me convaincre qu'il y a une forte odeur de corruption dans l'air. Benjamin Matip a déposé ses recours les 15 février et 7 mars 2008, et un an après les juges ont tranché. Il y a des dossiers qui font plus de dix ans à la Cour suprême sans suite. Comment un individu qui n'est même pas originaire du canton Bassa peut être propriétaire de 1000 hectares de terrain ? Je n'ai jamais vu ça. Qui sont ses parents ? De quelle lignée est-il ? Ce n'est qu'un allogène qui, profitant de son statut d'ancien magistrat et avocat, a obtenu deux titres fonciers alors qu'il ne les mérite pas. Ni les membres de la Cour suprême, ni ceux qui lui ont donné ces titres fonciers ne sont descendus sur le terrain pour s'assurer de la véracité des faits. Ils sont restés dans leurs bureaux douillets et ont entériné la mascarade contre espèces sonnantes et trébuchantes. C'est ce comportement que le président de la Cour suprême déplorait lors de son discours de rentrée.»

Déception

A Lendi, on s'étonne que ces terres querellées qui font l'objet des titres fonciers, traversent des cours d'eau et des routes et sont éparpillées sur trois villages différents. D'après un proche de Benjamin Matip rencontré à Ngoma où il réside, «ces terres appartiennent bel et bien à Benjamin Matip, d'ailleurs la Cour suprême vient de trancher. Les villageois ont seulement voulu induire le ministre en erreur en produisant de faux documents et des témoignages erronés. Tous ces mille hectares sont sa propriété depuis de nombreuses années, et il les a mis en valeur». Si ce dernier n'arrive pas à répondre à la question relative à la généalogie de son parrain et protecteur, il ne nie pas le fait qu'une bonne partie de ce terrain est occupé par les villageois qui y ont des plantations.

Réagissant à ces propos, Gustave Ntamack, un conseiller du chef Gustave Ebanda de Ngombè témoigne : «Il n'a pas modernisé les mille hectares qu'il dit détenir. Pour exploiter mille hectares, il faut avoir une unité industrielle, ce qu'il n'a pas. Il occupe au trop une superficie de cinq hectares. Et même vingt ans après, les vestiges de ses investissements seraient encore visibles. Il a le titre foncier d'un terrain dans lequel il ne peut pas entrer. C'est un roi sans royaume car chaque entrée est occupée par un villageois. Et ça, la Cour suprême ne le sait pas.»

Toutes les tentatives pour rencontrer Benjamin Matip sont restées vaines. Dans sa maison située à Ngoma (Pk 24), non loin du grand séminaire, c'est que le vigile, après avoir scruté les environs, repousse les hommes de médias : . Les chefs traditionnels de Ngombè, Ngoma et Lendi ont fait appel le 30 septembre 2009 contre le jugement rendu par la chambre administrative. Et menacent : rien n'est fait pour nous rendre nos terres, nous allons organiser un rituel sur ce terrain pour parler à nos ancêtres. Nous avons trop supporté, il est temps de passer à l'action. Malheur à qui voudra exploiter ces terres sans notre consentement.

Focal: Bientôt ses logements sociaux à Ngoma, Lendi et Ngombe ?

Dans le cadre de la décongestion de la capitale économique, les pouvoirs publics envisagent de construire des logements sociaux dans ces trois villages. Mille autres hectares, en dehors de ceux par Benjamin Matip, ont déjà été réquisitionnés pour la cause. D'après une élite proche de l'autorité traditionnelle de Ngoma, «le prix du terrain va bientôt augmenter et ceux qui veulent nous voler nos terres comptent les vendre au prix fort. C'est pourquoi ils ont accéléré la procédure au niveau de la Cour suprême pour avoir raison. Matip a déjà vendu du terrain à beaucoup de personnes. Ce sont ces dernières qui sont derrière cette grande cabale qui vise à arracher mille hectares de terrain à des communautés villageoises.». Et de poursuivre : Si les populations applaudissent cette décision de sortir ces villages de l'enclavement, elles ne sont pas épargnées de la furia de certaines forces tapies dans l'ombre.

 

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