Accusation: Le préfet du wouri, les pots-de-vin et le canton Bassa

Accusation: Le préfet du wouri, les pots-de-vin et le canton Bassa

DOUALA - 24 OCT. 2007
© Mathieu Nathanaël NJOG | Le Messager

Bernard Atébédé est accusé de concussion dans la désignation du chef supérieur du canton Bassa. Il monte au créneau et dénonce.

 

1-      Les chefs du canton Bassa menacés par le préfet du Wouri


Dans une correspondance datée du 9 octobre, Bernard Atébédé donne huit jours aux chefs de villages Bassa, afin qu’ils apportent la preuve de leurs accusations. Sinon de faire amende honorable des “ mensonges ” susceptibles de porter “ atteintes à son honorabilité voire sa carrière administrative. ” En effet, le préfet du département du Wouri est remonté après les chefs de 3e degré du canton Bassa du Wouri.. “ Je vous mets au défi de m’en apporter les preuves tangibles sous-huitaine, ou alors d’adresser aux principaux destinataires, voire à tous les ampliataires de votre lettre, une correspondance légalisée et enregistrée dans laquelle vous reconnaissez votre mensonge en me lavant de tout soupçon, faute pour vous de vous justifier ”, écrit Bernard Atébédé. Les chefs des villages Bassa n’ont pas répondu à cette injonction du préfet du Wouri, plus de deux semaines après.

Malgré les menaces contenues dans cette lettre, des chefs de village du canton Bassa de Douala sont de marbre. Le chef de terre n’exclut pourtant pas la piste de la justice. “ Dans le cas contraire, je me verrai dans la triste obligation au cas où ma hiérarchie accédait à ma sollicitation déjà effective dans ce sens, de me constituer à travers un avocat partie civile et vous traduire par devant les tribunaux aux fins de répondre chacun en ce qui le concerne de vos propos malencontreux, malveillants et pleins d’affabulation à mon endroit. ” Les chefs du canton Bassa de Douala souhaitent que cette affaire soit portée devant les tribunaux. “ Ce serait aussi l’occasion de mettre à nu les manœuvres du préfet, notamment de dévoiler la véracité de ce vrai-faux procès de désignation que nous n’avions pas signé et s’il existait vraiment ne porterait que nos signatures falsifiées ”, affirment les chefs Bassa en réunion de concertation.


Mobilisation

 


L’arrêté du Premier ministre du 31 juillet 2007, homologuant la désignation de Sa Majesté Mbody Epée Gaston, comme chef supérieur du canton Bassa du Wouri, a provoqué une mobilisation des chefs de village, élites et familles de cette aire géographique. Ils envisagent installer leur chef supérieur pour protester et contester ce choix “ en violation du décret n° 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. ” Dans cette mobilisation, plusieurs actions sont menées. Notamment une kyrielle de lettres ont été adressées à la présidence de la République, au Premier ministre et au ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation. Dans chacune d’elles, à l’instar de celle incriminée datée du 28 septembre 2007, les chefs de village du canton Bassa mettent à l’index le préfet Bernard Atébédé. Ils l’accusent d’avoir induit le Premier ministre en erreur. Faux, rétorque le préfet. “ Non seulement vous vous êtes permis de porter des accusations contre moi, plus grave vous avez poussé votre outrecuidance, allant jusqu’à affirmer que j’aurais reçu en compensation selon vous pour services rendus, une Mercedes et un immeuble non bâti de 1000 m2 qui se situerait à Nyalla ”, dénonce Bernard Atébédé.
En marge de cette correspondance, les chefs destinataires dénoncent les menaces de destitution et même de mort dont le préfet leur aurait adressé à travers des appels téléphoniques.

Toutefois, les différentes correspondances auraient trouvé écho auprès des autorités supérieures. Une mission conduite par Jules Doret Ndongo, le secrétaire général des services du Premier ministre, aurait séjourné à Douala les 12 et 13 octobre 2007. Le but était de rencontrer les élites et certains notabilités, dans l’espoir de trouver une porte de sortie. Et de faire appliquer l’arrêté du Premier ministre du 31 juillet dernier, dit-on.


2- Une tradition des successions controversées

 


Les Bassas sont les premiers habitants du Wouri. Difficile de dire avec exactitude la date de leur arrivée sur les rives du Wouri. L’histoire fait d’eux des populations hospitalières. C’est eux qui ont accueilli et installé les premiers pêcheurs Duala. Seulement les versions divergent lorsqu’il faut expliquer comment les Bassas ont été repoussés de la rive vers l’intérieur de la ville. Installation actuelle. Du moins, la reconnaissance que la communauté Duala leur voue témoigne de la position qu’ils détiennent dans le processus des rites sacrés du Ngondo. Le canton Bassa abrite la tête de l’affluent du Wouri, à Sapé par le village Lendi. D’où part la traversée vers le Mbagna, lieu sacré du Ngondo. Certains chercheurs Duala parlent des Bassas comme étant les ancêtres des Duala. “ Tous les Sawa sont originaires de Ngok Lituba d’où ils sont partis pour se disperser sur toute la côte ”, indique un chercheur. Avec l’arrivée des premiers explorateurs européens et la mise du Cameroun sous protectorat allemand, l’occupation géographique va les desservir pour faire des communautés Duala (Njo-Njo, Akwa, Deido) des interlocuteurs “ indigènes ” auprès des Allemands. Les communautés Duala en profitent pour asseoir leur puissance. Les communautés Duala auront l’avantage de leur meilleure organisation avec un pouvoir monarchique concentré autour d’un chef supérieur.

En revanche, les Bassas n’ont pas d’organisation solide. Le pouvoir est disparate et repose sur les différentes cellules nucléaires familiales. Il faut attendre 1919, lorsque l’administration européenne dans le but de fragiliser le pouvoir des King Sawa exige la mise en place d’une chefferie supérieure dans le canton Bassa du Wouri. “ Sur recommandation de Schaslas, chef de subdivision, il est institué de nouveau la chefferie des Bassas ”, a-t-on appris. Le grand conseil est réuni au village Beedi et élit Sa Majesté Njog Lembe, du foyer Njog Ndole et de la lignée de Lembe. Il règne de 1919 à 1935. Une désignation qui s’est faite à l’unanimité


3- Débat autour d’une lignée régnante

 



Lorsque S.M. Njog Lembe décède en 1935, ses enfants sont mineurs. Il est remplacé par son fils adoptif Moussongo Isaac. Ce dernier règne de 1935 au 14 janvier 1943. Lorsque ce dernier décède aussi, le canton Bassa s’embrase dans une confusion. Les enfants de Moussongo Isaac revendiquent la dévolution successorale héréditaire. Mais, ils rencontrent une rude opposition. Des enfants Njog Lembe de certains villages, à l’instar, du village Ndogbatti qui réclament le statut de village régnant. D’autres familles souches du canton Bassa de Douala revendiquent le droit à la succession. Certains trouble-fêtes viennent illégalement rajouter à la confusion. On remet même en cause les origines de feu Sa Majesté Moussongo Isaac. On ne lui reconnaît pas d’ascendance au canton Bassa encore moins à la famille Log Nyoug dont ses enfants se réclament. Cet imbroglio entraîne une vacance à la chefferie du canton Bassa et débouche après plusieurs conciliabules à une désignation par élection d’un nouveau guide. Le grand conseil est convoqué le 22 novembre 1943 à l’école publique de Ndogbong.

Les chefs des vingt trois (23) villages du canton Bassa de Douala et les notables prennent part à ces assises. Les populations présentes font office d’observateurs. Cinq candidats sont en lice : Moussongo Frederic, (55 ans), notable Ndogbong ; Moussongo Henri (45 ans), élite Logsoo (Ndogbong) ; Elame Enyengue (48 ans), notable Ndokoti ; Motassi Auguste (42 ans), notable Logbessou ; et Mbody Conrad (30 ans), élite Ndogbong. La candidature de Mbody Conrad sera rejetée à la suite “ des renseignements d’ordre politique reçu du service de la Chancellerie tutelle et de la sûreté ”, indique le procès verbal. A l’issue du scrutin dont le corps électoral est constitué des chefs de villages et notables, Moussongo Henri Joseph de la famille Logsoo à Ndogbong est élu chef supérieur. Il a pour premier adjoint Elame Enyengue et Moussongo Frederic.

Lorsque Moussongo Henri Joseph décède, le 14 avril 1964, en dépit de l’intérim assumé par Nkwa Joseph, la vacance de poste à la chefferie ouvre à nouveau un autre conflit de succession entre les différents fils et villages. Sa Majesté Salomon Ntoko Singui, alors directeur de l’école principale de Mboppi, réclame que soit rétablie la lignée régnante au village Ndogbatti dont il est le chef. Pour argumenter, il relève que dès l’installation des Allemands à Douala au Cameroun, la chefferie supérieure a été confiée à la famille Ndogbatti à travers la famille Log Mbolley avec pour chef Sa Majesté Ntoko Mbolley. Après sa mort lui succéderont respectivement Mongo Batcham puis son grand-père Ntoko Singui Fréderic. Tous sont élus dans un conseil Log Mboley, issu du village Ndogbatti, elle-même appartenant à la communauté Bong. Les Bong regroupaient les descendants Ndogbatti, Ndogbong, Bonaloka, Logbessou, Logbaba, Ndogmbé I et II, Kotto, Logpom, Makepe, Minsoke, Beedi, Lendi, Ngoma et par le truchement de Bell s’est joint la famille Kallak qui regroupe les descendants de Ndogkotti, Ndogsimbi, Bonadiwotto, Ndogpassi et Nyalla.

Lors de la réhabilitation de la chefferie supérieure du canton Bassa en 1919, Ntoko Singui Fréderic décline l’offre et cède le pouvoir à Njog Lembe qui est un membre de la famille Log Mbolley de sa mère. L’administration tranche cette autre controverse et organise la désignation du chef supérieur par élection. Le grand conseil est convoqué le 18 février 1967. Le préfet du Wouri, Felix Sabal Lecco préside personnellement cette consultation. Trois candidats font acte de candidature : Mbody Condrad de la famille Log Nyoug, Nkwa Joseph de la famille Logsoo à Ndogbong et Ntoko Singui Salomon, Log Mbolley à Ndogbatti. Seuls les chefs de villages constituent le corps électoral. A l’issue du scrutin Sa Majesté Mbody Conrad est élu chef supérieur du canton Bassa. Il y règne de 1967 à 2003. “ Il faut remarquer que son père Mbody Jonathan, son grand-père Nloma, son arrière grand-père Nkouo et ses aïeux Kembe et Nyoug n’ont aucunement de leur vivant exercé coutumièrement le commandement traditionnel ”, fait remarquer un patriarche du canton Bassa.

Pendant son invalidité, il donne procuration de représentativité à l’un de ses fils, Mbody Epée Gaston. Mais les proches de ce dernier parlent d’acte notarié faisant de lui l’héritier testamentaire. Car arguent-ils, l’élection du père Mbody Conrad faisait état du souci de rétablir la lignée régnante, or en face, on dit que cela entrait dans une volonté de conserver le pouvoir traditionnel à Ndogbong.

 

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